Plongez au cœur des interventions marquantes prononcées lors de l'édition 2026
de l'Africa Political Outlook.
Bruxelles, 27 mars 2026
Distingués invités, chers collègues et amis, mesdames et messieurs,
Distingués invités, chers collègues et amis, mesdames et messieurs. Je vous remercie de m'avoir invitée à me joindre à vous pour cette quatrième édition de l'Africa Political Outlook. Permettez-moi de commencer par saluer l'engagement des organisateurs à promouvoir les perspectives africaines et à faire de cette plateforme un espace essentiel pour un dialogue réfléchi, porté par l'Afrique.
Notre thème d'aujourd'hui, « Le nouveau récit du multilatéralisme : la voix de l'Afrique et l'intégrité de l'information dans un monde polarisé », ne pourrait être plus opportun. Pendant des décennies, la conversation mondiale sur l'Afrique s'est déroulée dans des enceintes où l'Afrique était évoquée mais non représentée, analysée mais non entendue. Des récits sur la trajectoire du continent étaient rédigés, souvent par ceux qui n'avaient jamais pris la mesure de sa complexité ni de ses communautés.
Heureusement, cette dynamique a changé. La question qui se pose à nous aujourd'hui n'est plus de savoir si l'Afrique aura une voix pour façonner son propre récit, mais si l'environnement informationnel mondial sera assez honnête, assez ouvert et assez inclusif pour porter ses multiples voix sans distorsion.
Nous vivons dans un monde d'une profonde polarisation. Un seul événement peut être rapporté de multiples manières selon l'auteur du compte rendu, l'algorithme qui sélectionne le flux et le prisme idéologique qui cadre l'histoire. Aujourd'hui, alors que l'intelligence artificielle permet de générer à grande échelle et à une vitesse fulgurante des contenus fallacieux ou trompeurs extrêmement convaincants, le défi est devenu encore plus grand.
La désinformation, les discours de haine et les efforts visant à limiter l'accès à une information fiable sont devenus des instruments du pouvoir géopolitique, des outils pour semer la méfiance. Aucune région n'est immunisée contre cette réalité. Pourtant, le continent n'a pas hésité à s'attaquer de front à cette tendance. Au contraire, nous voyons un continent doté de la population la plus jeune au monde — une génération de natifs du numérique qui bâtit des entreprises, crée des technologies, se réapproprie le récit national, façonne les arts et la culture, stimule la participation démocratique et influence les conversations mondiales en temps réel.
Nous voyons un continent où des journalistes, des chercheurs, des spécialistes du fact-checking et des médias innovent pour vérifier l'information, demander des comptes aux institutions et raconter des histoires qui reflètent des expériences vécues. Cinéastes, codeurs, podcasteurs, data scientists et organisateurs communautaires africains réécrivent le récit de l'Afrique de l'intérieur, avec talent, confiance et ambition.
Aux Nations Unies, nous œuvrons pour que cette réalité soit vue et comprise. Sous l'impulsion du Secrétaire général António Guterres, l'Afrique demeure une priorité absolue à travers tout le système onusien. Au sein du Département de la communication globale que je dirige, notre engagement porte sur des récits exacts — des récits qui reflètent toute la profondeur et la diversité du continent, et pas seulement ses difficultés.
Nous avons également pris la tête des travaux de l'ONU sur l'intégrité de l'information. Mais l'intégrité de l'information signifie bien plus que la lutte contre les fausses nouvelles. Cela signifie bâtir l'infrastructure, les politiques et les garde-fous qui permettent à la vérité et aux sources d'information diverses de prospérer, particulièrement face à la montée des contenus générés ou manipulés par l'IA. Cela signifie construire des partenariats transcontinentaux avec les médias africains et les réseaux de vérification des faits qui maîtrisent le contexte local. Cela signifie également exiger que les plateformes technologiques mondiales assument la responsabilité de leurs modèles économiques, lesquels utilisent des algorithmes pour cibler les utilisateurs avec des contenus en Afrique et partout dans le monde.
Nous développons nos pôles de communication et nos partenariats à travers le continent afin que les journalistes africains aient un accès direct aux récits et aux données de l'ONU, sans interprétations filtrées. Nous renforçons l'éducation aux médias numériques pour que les citoyens puissent naviguer dans les espaces informationnels avec assurance. Nous collaborons avec divers partenaires pour exploiter les nouvelles technologies et approches afin de renforcer la recherche, l'évaluation des risques et la réponse, et de garantir que les communautés reçoivent l'information de confiance qu'elles méritent, sous une forme adaptée à leur vie quotidienne.
Car lorsque les récits trompeurs et les tactiques visant à saper les faits dominent, ils font plus que fausser la perception. Ils faussent l'élaboration des politiques, l'investissement et les opportunités. En temps de crise, ils peuvent cibler des individus, embraser des communautés et réduire l'espace humanitaire et diplomatique. Ils limitent ce que l'on imagine pour l'Afrique et ce que l'on croit d'elle.
Cependant, lorsque l'intégrité, l'exactitude et l'autodétermination africaine définissent les espaces d'information, un tout autre phénomène se produit : le champ des possibles s'élargit. Le nouveau récit du multilatéralisme, celui que nous nous employons tous à façonner, doit être coécrit, et les nations africaines doivent être des partenaires clés de ces discussions. Les défis mondiaux ne peuvent être résolus lorsqu'une grande partie de l'humanité est mal représentée ou minimisée.
Grâce à leur poids démographique, leur capacité d'innovation et leur leadership dans la consolidation de la paix, l'action climatique, les industries créatives et la transformation numérique, les jeunes Africains s'imposent comme l'une des forces les plus influentes du progrès sur le continent et bien au-delà. Nous sommes aujourd'hui à un point d'inflexion. L'influence croissante du continent rencontre un environnement informationnel mondial en plein désarroi. L'issue dépendra de notre capacité collective à bâtir les systèmes qui permettent à la vérité, à la dignité et au leadership africain de rayonner.
Notre tâche, dans le multilatéralisme comme dans la communication, est de veiller à ce que le monde voie cet avenir avec clarté. Aux Nations Unies, nous sommes honorés de soutenir le continent dans cette quête. Je vous remercie.